
La valise des rêves
Au fond d’un placard, juste derrière une pile de couvertures, dormait une petite valise couleur framboise. Elle appartenait à Éloïse la chouette, mais la plupart du temps, on oubliait qu’elle était là. Pourtant, cette valise était spéciale : dès qu’un enfant tardait à s’endormir, elle s’ouvrait toute seule en libérant un léger parfum de sucre vanillé.
Un soir, Timéo tournait dans son lit comme un petit moulin. Ses jouets reposaient déjà, la lune brillait, mais le sommeil jouait à cache-cache. La valise framboise sentit le remue-ménage. « Crrric ! » fit la serrure en s’ouvrant. Il en sortit un minuscule train de papier, composé de trois wagons. Les roues étaient diverses : un bouton, une bille et un petit caillou lisse.
Le train fit coucou à Éloïse, qui se posa doucement sur la poignée. Ensemble, ils roulèrent jusqu’à la chambre de Timéo. Sans bruit, le train monta sur la couverture. Éloïse souffla un souffle de plume, et hop ! le doudou de Timéo prit place dans le premier wagon. Dans le deuxième, la chouette invita un sourire oublié, caché sous l’oreiller. Dans le troisième, elle rangea un petit bout de chanson que le vent, plus tôt dans la journée, avait déposé sur le rebord de la fenêtre.
Le train de papier démarra alors, très lentement, traçant une piste imaginaire au-dessus du lit. Timéo regardait ses roues hétéroclites tourner, tourner… Ses paupières devinrent lourdes ; un bâillement florentin naquit. Quand le troisième wagon passa devant lui, le garçonnet y posa ses pensées un peu trop réveillées ; celles-ci se feuilletèrent comme un livre de couleurs, puis se frottèrent les yeux à leur tour.
Éloïse guida le petit convoi dans un tunnel de nuit soyeuse. De l’autre côté, il débouchait sur un grand pré éclairé de lucioles ; c’est là que les wagons s’arrêtèrent enfin, chacun libérant son contenu : le doudou pour garder compagnie, le sourire pour illuminer le rêve, la chanson pour bercer jusqu’à l’aube.
Timéo dormait déjà, son visage calme comme une mare sans vent. Éloïse récupéra la valise, replia le train de papier et referma le couvercle. Tout redevint silencieux, sauf le souffle régulier du petit dormeur.
Si, un soir, le sommeil tarde à venir, prête l’oreille : peut-être entendras-tu « Crrric ! » au fond du placard. C’est la valise framboise qui repart en voyage, prête à tirer son petit train pour emmener d’autres rêves tout neufs.
Bonne nuit.