Le jardin des bâillements

Au creux d’un vieux potager vivait Pico, un hérisson tout rond qui portait un petit sac tissé en feuilles sèches. Chaque soir, lorsque le ciel se teignait de violet, Pico sortait pour récolter les bâillements oubliés : ceux des chatons, des papillons fatigués et même du vent qui somnolait.

Cette nuit-là, il trouva le jardin drôlement silencieux ; aucun bâillement n’attendait. Alors Pico suivit le sentier de cailloux jusqu’à la maison d’Émile, un enfant qui tournait et se retournait sans fermer l’œil. À chaque mouvement, son oreiller poussait un petit soupir inquiet.

Pico grimpa sur le rebord de la fenêtre et observa : le sommeil d’Émile s’était égaré sous le lit, caché derrière une pantoufle. Le hérisson sortit de son sac une minuscule graine-nuage qu’il conservait pour les nuits compliquées. D’un souffle tout doux, il sema la graine dans la chambre ; elle grandit aussitôt en un nuage tout blanc qui sentait la brioche chaude.

Le nuage monta lentement, très lentement, jusqu’au plafond, puis laissa tomber une pluie de gouttes douces. Chaque goutte murmurait : « bâille… bâille… ». Émile étira les bras, ouvrit grand la bouche dans un long bâillement, puis un autre. Pico tendit son sac ; il recueillit ces deux bâillements ronds et moelleux, puis les plaça délicatement sur les paupières de l’enfant.

Le regard d’Émile devint flou, lourd comme une plume mouillée. Ses yeux se fermèrent, et un souffle régulier remplit la chambre : inspirer, expirer… Le nuage-brioche s’étiola doucement, laissant le parfum du sommeil flotter dans l’air.

Pico quitta la pièce sur la pointe des pattes, son sac désormais bien rempli. Dehors, il libéra un tout petit bâillement au-dessus d’une laitue endormie, puis rentra chez lui, certain qu’Émile voyagerait cette nuit dans un rêve sucré.

Dans la chambre tranquille, la lune plaça un fil d’argent sur la couverture, comme un ruban cadeau autour du sommeil retrouvé.

Bonne nuit.