Le petit train des oreillers

Dans la clairière bleu-nuit, un petit train tout doux attendait chaque soir l’heure du dodo. Ses wagons n’étaient pas en bois : ils étaient faits de gros oreillers moelleux couverts de housses à pois.

Le conducteur s’appelait Grignotte, un écureuil coiffé d’une casquette rayée. Quand la lune montait, Grignotte faisait tinter une clochette d’argent : ding diling ! C’était le signal : le train allait partir pour le Pays-Rêve.

Cette nuit-là, la fillette Anna ne trouvait pas le sommeil. Elle tourna la poignée de sa fenêtre et entendit le ding diling venir de la clairière. Curieuse, elle enfila ses chaussons et suivit la musique.

— Bienvenue, chuchota Grignotte. Grimpe vite, le train des oreillers n’attend pas !

Anna se pelotonna dans le premier wagon. Le train démarra sans bruit, sur des rails de plumes. Chaque roue faisait pouf, répandant une odeur de vanille.

Le train passa devant :

• un champ de moutons qui comptaient les enfants au lieu de sauter,

• un nuage qui pleuvait de petites étoiles argentées,

• un hamac géant où la nuit faisait la sieste.

À chaque paysage, Anna sentit ses yeux devenir lourds. Grignotte venait poser une couverture en duvet sur ses épaules.

— Prochaine gare : Rêves-Arc-en-Ciel, annonça la clochette.

Lorsque le train s’arrêta, le wagon d’Anna se transforma lentement en son propre lit. Les oreillers reprirent leur place, bien sages, autour de sa tête. Grignotte rangea la petite couverture et lui souffla :

— Bonne nuit, passagère. Ferme les yeux, le Pays-Rêve est juste là.

Anna lâcha un dernier bâillement. Les roues de plumes s’éloignèrent, pouf pouf, et la clochette sonna tout bas. Dans son sommeil, la fillette aperçut encore le petit train qui ondulait parmi les étoiles, prêt pour d’autres voyages d’enfants.

Bonne nuit et fais de beaux rêves.