
La montgolfière des rêves
Dans une clairière parfumée de menthe poussait un vieux chêne tout rond. Chaque soir, un hibou bricoleur gonflait une petite montgolfière au creux de ses branches. La nacelle n’était pas en osier : c’était un grand panier d’osier tressé de rubans de soie — tout moelleux pour les passagers endormis.
Un soir, la petite Léonie n’arrivait pas à fermer les yeux. Ses pensées tournaient comme une toupie. Elle entendit soudain un léger hooo venant de la fenêtre. Le hibou, avec son chapeau incliné, l’invita d’un battement d’ailes.
Léonie se glissa hors du lit, posa les pieds sur la nacelle et s’assit entre deux coussins de nuages. La montgolfière s’éleva en silence. Tout en bas, la clairière devint une tache de velours ; tout en haut, les étoiles semblaient des lucioles accrochées au ciel.
Dans la poche de sa veste, le hibou gardait des grains de poussière d’or. Il en laissa tomber un entre les mains de Léonie. La poussière se changea aussitôt en flûte minuscule. Quand la fillette en joua, chaque note devenait une étoile filante qui dessinait un sourire dans l’obscurité.
La montgolfière dériva vers une rivière de lumière où nageaient des poissons-lunes; ils éclairaient l’eau à pas feutrés. Léonie bâilla, bercée par le souffle doux du brûleur. Ses paupières devinrent lourdes ; la flûte glissa dans ses doigts; une dernière étoile filante fila au loin.
Le hibou fit doucement redescendre l’aérostat. Par la fenêtre ouverte, il déposa Léonie dans son lit et glissa la petite flûte sous l’oreiller. À peine la couverture tirée jusqu’au menton, la fillette s’enfonça dans un rêve calme, rempli de poissons-lunes et de rubans de soie.
Le ballon regagna la cime du chêne, prêt pour le prochain enfant qui aurait besoin d’un voyage tout doux.
Bonne nuit, et que la montgolfière des rêves vienne aussi t’emporter.