
Le coussin voyageur
Au pied du lit de Léo reposait un petit coussin rond aux motifs de nuages roses. Un soir, alors que le garçon tournait encore d’un côté puis de l’autre, le coussin se mit à chatouiller doucement ses orteils.
— Saule, c’est mon nom… Viens ! chuchota-t-il.
Surpris mais curieux, Léo plaça sa tête contre Saule ; le coussin se gonfla comme un ballon léger, l’emporta très lentement hors de la chambre et s’envola par la fenêtre, juste assez haut pour frôler les branches du pommier.
Dans le ciel, la lune dessinait un chemin de poussière d’argent. Saule s’y posa comme sur une rivière calme. Tout était silencieux, sauf un petit glou-glou : c’était la rivière de lait, juste à côté, où des poissons-biscuits sautaient en faisant des éclaboussures sucrées. Léo trempa un doigt, goûta, sourit : c’était doux comme un chocolat chaud.
Le coussin reprit alors son voyage et arriva dans une prairie de plumes. Des oiseaux endormis, gros comme des billes, habitaient chaque plume comme dans une grande maison moelleuse. En passant, Saule en cueillit une et l’offrit à Léo ; la plume se posa sur son nez, légère comme un soupir, et le fit doucement bâiller.
— Encore un dernier arrêt, chuchota Saule.
Ils atteignirent la colline des soupirs d’ours en peluche ; chaque soupir ressemblait à un petit vent tiède. Léo sentit ses paupières devenir lourdes, très lourdes. Le coussin reprit sa taille normale, puis glissa tout doucement de nouveau dans la chambre. À peine avait-il touché l’oreiller que le garçon dormait déjà d’un sommeil profond.
Saule redescendit près des orteils de Léo, prêt pour un autre voyage, mais seulement quand il aurait besoin d’un nouveau rêve léger. Dans la nuit calme, on entendit juste un dernier soupir d’ours en peluche… puis plus rien.
Bonne nuit, dors bien ; peut-être que ton coussin, lui aussi, sait voler.