Le bateau des bulles de savon

Dans le creux d’une montagne dormait une petite grotte de cristal. Au fond scintillait une pierre douce nommée Lumi, si claire qu’elle ressemblait à une larme de lune. Chaque nuit, Lumi s’éveillait et envoyait un léger halo dehors.

Juste au pied de la montagne vivait Marius, un petit berger qui veillait sur trois brebis blanches. Un soir, les brebis étaient agitées : le vent grinçait, l’herbe frissonnait et Marius, malgré sa couverture, ne trouvait pas le sommeil. Il pensait aux ombres qui dansaient derrière les rochers.

Lumi sentit l’inquiétude glisser jusqu’à la grotte. Elle roula lentement hors de son nid de cristal, descendit la pente en rebondissant sur la mousse. Chaque rebond laissait une traînée de poudre argentée, comme une route brillante.

Quand la pierre arriva près du feu de camp éteint, elle chuchota un petit « plim ». Marius leva les yeux, intrigué. À la lueur douce de Lumi, le vent sembla s’apaiser. Les trois brebis s’assirent tranquillement, déposant leurs têtes sur leurs pattes.

La pierre se mit alors à tourner sur elle-même, très lentement, projetant des dessins de lumière sur le sol : un ruisseau, un nuage, un champ de fleurs. Les formes bougeaient en silence, comme un film calme. Marius bailla, ses paupières devinrent lourdes. Il s’allongea, la tête posée tout près de la pierre chaude.

Lumi scella le calme : son halo s’atténua peu à peu, jusqu’à devenir une veilleuse discrète. Marius rêva qu’il flottait sur un nuage parfumé au miel, tandis que les brebis broutaient des étoiles douces.

Au matin, la pierre avait déjà regagné sa grotte, laissant seulement une fine ligne d’étincelles dans l’herbe et un sentiment de paix. Marius se réveilla reposé; ses brebis bêlèrent d’un ton joyeux.

Et depuis cette nuit, lorsqu’un enfant a peur de l’ombre ou du vent, on raconte que Lumi roule hors de la montagne pour dessiner sur la terre des images si douces que les songes viennent aussitôt se lover dans les cœurs fatigués.

Bonne nuit.