
Nuage-Miel, la licorne des gouttes de ciel
Très haut au-dessus des collines flottait une île de coton, douce comme un oreiller. Sur cette île vivait Nuage-Miel, une licorne couleur crème dont la corne distillait de toutes petites gouttes bleu clair : on les appelait les « gouttes de ciel ». Quand on en faisait fondre une sur la langue, on retrouvait la joie de chanter et de courir.
Dans le village d’en bas, le petit Oscar perdit soudain sa voix : plus de chanson, plus de « youpi ». Sa gorge grattait, et ses yeux restaient tristes. Au marché, sa grande sœur lança un cerf-volant très haut, avec un ruban jaune qui signifiait « À l’aide ». Le vent emporta le ruban jusqu’à l’île de coton
Nuage-Miel vit l’appel et descendit en glissant le long d’un arc-en-ciel. Quand elle atterrit, sa crinière fit s’envoler des milliers de paillettes légères. Elle demeura un instant pour écouter le silence d’Oscar, puis leva sa corne vers le ciel. Une seule goutte de ciel se forma, ronde comme une perle.
La licorne posa la perle bleue sur la langue d’Oscar. La goutte crépita doucement, comme une minuscule pluie tiède. Aussitôt, un « la-la-la » timide sortit de la bouche du garçon, puis un « tra-la la la ! » plus sonore. Son rire rebondit sur les murs de la maison et remplit la rue entière.
Les voisins sortirent, émerveillés. On confectionna une couronne de pétales bleus pour Nuage-Miel, qui la porta avec fierté avant de remonter sur son arc-en-ciel. Tous les enfants levèrent le nez : quand ils virent la licorne disparaître dans les nuages, ils agitaient déjà les bras pour lui dire merci.
Depuis ce jour, lorsqu’une voix d’enfant s’éteint dans le village, on plie un petit ruban jaune au bout d’un cerf-volant. Si le vent l’emporte assez haut, Nuage-Miel revient, glisse du ciel et laisse tomber une goutte bleue qui rend à chaque gosier sa chanson préférée.