
Zozo la fée tambour et le village sans battements
Tout au fond d’une vallée couverte de champs de fraises se trouvait le petit village de Tac-Tac. Là-bas, tout, même le bruissement des feuilles, suivait le rythme d’un grand tambour communal. Les gens tapaient des mains pour dire bonjour, les portes claquaient comme des castagnettes, et les enfants jouaient à saute-mouton en cadence.
Un matin, le tambour se fendit net : paf… puis plus rien. Les habitants firent aussitôt silence ; même les grillons retinrent leur cri. Sans ce « boum-boum », la joie et la santé semblaient s’endormir : les plus jeunes, comme la petite Tina, devinrent tout pâles et resteraient couchés, sans énergie pour danser ni rire.
Dans une caverne de cristal, un peu plus haut que les nuages, vivait Zozo, la fée tambour. Au lieu d’ailes, elle avait deux baguettes qui flottaient derrière elle, prêtes à battre n’importe quoi pour créer un rythme de bonheur. En entendant le grand silence monté de Tac-Tac, Zozo sentit ses baguettes frémir ; elle comprit que quelqu’un, tout en bas, avait besoin de nouveaux battements.
Elle descendit sur une goutte de rosée transformée en toboggan et atterrit au milieu du village. Autour d’elle, pas un seul « tac », pas un seul « tic ».
— Le cœur de Tina ne danse plus, expliquèrent les habitants, et le nôtre s’endort aussi.
Zozo posa une baguette contre le tambour fendu : la peau brisée se mit à jouer un boum timide, puis s’arrêta. Elle sourit ; si le tambour refusait de résonner, elle en fabriquerait un nouveau — un tambour vivant.
La fée courut dans la forêt et demanda au plus vieux chêne un morceau d’écorce ronde. Elle lissa le bois avec un souffle parfumé. Puis elle cueillit un brin de vent du nord, bien tendu comme une corde, et fit vibrer ce vent autour de l’écorce, créant une peau invisible. Enfin, Zozo demanda au ruisseau voisin une goutte claire ; la goutte se glissa sous la peau de vent et y tint lieu de cœur palpitant.
Elle revint en courant ; le nouveau tambour tenait dans ses bras comme une grosse boule de lumière. Zozo posa la boule au pied du lit de Tina, leva ses baguettes et frappa deux petits coups : toum toum. Le tambour répondit d’un TAC TAC clair et chaud. Le village tout entier se remit à respirer ; la petite Tina ouvrit les yeux, puis un large sourire illumina son visage.
— Encore ! cria-t-elle.
Zozo frappa un rythme de fête : TAC-tacTAC, TAC-tacTAC. Les volets s’ouvrirent, les enfants sortirent, les chiens remuèrent la queue. La musique gagna chaque maison, chaque pot de fleurs, chaque fraise dans les champs. Tina se leva, fit quelques pas, puis se mit à sauter en rythme, rose de joie.
Le soir-même, on dressa un petit piédestal au centre de Tac-Tac pour ce nouveau tambour vivant. Zozo l’appela Boumbelle ; il jouerait à chaque lever de soleil pour garder la santé et la joie du village. Quant à la fée tambour, elle remonta dans le ciel sur son toboggan de rosée, promettant de revenir si jamais le rythme du bonheur s’endormait de nouveau.
Depuis ce jour, lorsqu’un enfant sent son cœur tourner au ralenti, il lui suffit de tendre l’oreille : si l’on entend, très loin, un TAC-tacTAC joyeux, c’est Zozo qui réveille Boumbelle, le tambour vivant, pour redonner à tous des battements pleins d’énergie et de sourires.
Fin.