Clochette-Pluie, la fée parapluie

Au milieu d’une ville toute sèche, la fontaine centrale avait fini par se taire ; même les poissons de pierre semblaient assoiffés. La poussière piquait les yeux et les enfants commençaient à tousser. Parmi eux, la petite Nora ne quittait plus son lit : chaque souffle lui faisait l’effet d’un désert.

Très haut dans un grenier plein de vieilles ombrelles habitait Clochette-Pluie, une fée minuscule coiffée d’un pétale de nénuphar. Son passe-temps favori : réparer les parapluies cassés, puis souffler dedans pour y cacher un nuage minuscule. Quand l’ombrelle se rouvrait, le nuage pleuvait de joie.

Apprenant la maladie de Nora, Clochette-Pluie choisit la plus grande ombrelle qu’elle possédait : un modèle rouge cerise avec des pois blancs. Elle frappa doucement le tissu ; une note de cloche en sortit, assez claire pour réveiller un nuage endormi au-dessus des collines. Le nuage reconnut l’appel de la fée et fila se ranger sous la toile, comme un petit mouton docile.

Au crépuscule, Clochette-Pluie dévala la rue, l’ombrelle ouverte au-dessus d’elle. Arrivée sous la fenêtre de Nora, elle fit tourner la poignée ; l’ombrelle se déploya à l’intérieur de la chambre, libérant aussitôt une pluie fine parfumée à la menthe sauvage. Les gouttes dansaient dans l’air, fraîches et douces.

Nora tendit la main ; la pluie fondit sur sa peau, douce comme du velours. Elle respira cette brume légère : la toux recula, puis disparut. Ses joues reprirent des couleurs de pêche, et son rire jaillit, clair comme l’eau de source.

Le lendemain, le nuage, bien décidé à aider d’autres gorges assoiffées, suivit la fée jusqu’au centre de la ville. Clochette-Pluie ouvrit l’ombrelle rouge cerise ; la fontaine, chatouillée par une averse soudaine, se remit à chanter, et les poissons de pierre éclaboussèrent de bonheur.

Depuis ce jour, quand le temps se montre trop sec et qu’un enfant tombe malade, les habitants guettent la silhouette d’une ombrelle flamboyante. S’ils aperçoivent Clochette-Pluie, la fée parapluie, ils savent qu’une douce ondée guérisseuse n’est plus très loin.